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L’écrivain public, de la plume à la toile

 Méconnu du grand public, ce métier s’adresse à des publics divers, regroupe de multiples facettes, de nombreuses missions et fait appel à des compétences accrues tant dans le domaine social, créatif que numérique.

Des compétences plurielles
Qu’il s’agisse de rédiger un courrier administratif, corriger une thèse ou écrire un récit de vie, on attend de lui une rigueur absolue dans la maîtrise des techniques d’écriture mises en œuvre.
Il doit également être capable de s’adapter à différents interlocuteurs, supports et consignes.
Une écoute active et un esprit littéraire créatif sont également essentiels pour comprendre ce qui se joue dans le travail d’écriture et dans sa relation à l’autre.

Telles sont les principales compétences qu’un écrivain public se doit d’acquérir pour pratiquer son métier dans les règles de l’art et avec le respect dû aux usagers et aux clients qui le sollicitent.

Une action sociale assumée
Lors des permanences sociales, il faut être capable de gérer des situations complexes et précaires qui touchent souvent à l’indicible ! Autant de chemins de vie qui doivent être suivis et accompagnés par des professionnels formés et capables de donner des réponses concrètes.

Mais l’écrivain public est aussi là où on ne l’attend pas…
Avec le même sérieux, l’écrivain public recueille aussi la parole d’une personne âgée parfois atteinte d’Alzheimer dans un travail d’écriture personnalisée. Avec le même engagement, il peut conseiller les entreprises (TPE et PME) dans la création de leur site internet en tant que rédacteur, avec les techniques du Web et des recommandations personnalisées. Il peut être tour à tour relecteur et correcteur de romans ou de thèses, journaliste pour la gazette régionale, secrétaire du conseil municipal, animateur d’atelier d’écriture en médiathèque, créateur de newsletters et flyers pour les artisans en quête de clients…

La licence professionnelle de la Sorbonne Nouvelle
Il existe plusieurs cursus universitaires liés aux métiers de l’écrit mais la licence professionnelle « Conseil en écriture professionnelle & privée – Écrivain Public » de la Sorbonne Nouvelle est la formation la plus complète. En effet, elle dispense 394 heures de cours (droit civil et pénal, rhétorique, informatique, techniques d’écriture, récit de vie, grammaire…), jumelées à 420 heures de stage obligatoire. La remise d’un rapport-mémoire en juin vient compléter les notes des partiels et des devoirs maison.

Ce blog est né des ambitions communes de la promotion d’étudiants 2015-2016, dans le cadre du projet tuteuré (130 heures). Vous y trouverez des informations pratiques sur la licence et sur le métier, des articles sur nos expériences en atelier d’écriture ou en stage, des quiz, des interviews… comme une vitrine de nos talents réunis !

Marie Hélène Rousseau

Chronique littéraire : Personne, de Gwenaëlle Aubry

folio-personne

Descriptif technique



Nom de l’
auteure : Gwenaëlle AUBRY
Date de la première publication : 2009
Éditeur : Mercure de France
Collection : Folio
Nombre de pages : 176

L’œuvre



L’auteur-e
 : Romancière et philosophe française née en 1971, Gwenaëlle Aubry est l’auteure de 5 romans, dont Personne (prix Femina 2009), et d’un récit-portrait de Sylvia Plath1 : Lazare mon amour, extrait du collectif L’une et l’autre.

Personne est un livre dédié à son père, âme tourmentée « morte de mélancolie ».

Genre : Autobiographie

Résumé : À la mort de son père, Gwenaëlle Aubry retrouve dans ses affaires ses nombreux carnets d’écriture. Parmi eux, un journal : Le mouton noir mélancolique, dans lequel François-Xavier Aubry, avocat brillant et professeur de droit à la Sorbonne ayant souffert toute sa vie de psychose maniaco-dépressive, épanche son mal à l’âme.

À partir des notes écrites par son père auxquelles elle ajoute ses propres souvenirs, Gwenaëlle Aubry dresse, sous la forme d’un abécédaire, le portrait de cet homme singulier, qui est mort comme il a vécu : étranger à lui-même et au monde.

Mais qui était donc ce père que ses filles ont toujours connu sans vraiment savoir qui il était ? Comment peut-on connaître une personne qui ne savait pas elle-même qui elle était ?

C’est à ces questions que G. Aubry tente de répondre en retraçant l’histoire éclatée de ce père, cette âme complexe et tourmentée dont personne n’a su percer les mystères, que personne jamais n’a pu soulager. Pas même ses enfants.

Personne, c’est la fuite en elle-même d’une âme torturée, le repli dans la folie d’un être pétri de paradoxes.

Mon avis : Avec Personne, G. AUBRY nous livre le portrait poignant d’un homme, « un mouton noir », qui a passé sa vie à chercher qui il était et la place qu’il occupait dans le monde, en vain.

La finesse de la plume de son auteure a définitivement rangé ce livre dans mon top 5 des lectures qui m’ont le plus marqué-e (et remué-e) depuis ces dernières années.

Même si le récit est chaotique (mais quelle vie humaine pourrait se décrire avec la linéarité parfaite d’un roman ?), et malgré le caractère intime du sujet, j’ai vite accroché à ce texte magnifique. L’émotion de l’auteure à l’évocation du disparu est palpable sans jamais tomber dans un excès de sentimentalisme. Les mots employés, leur justesse dans l’émotion, bouleversent. Le mal être, la nostalgie immense et inexplicable de François-Xavier Aubry, ainsi que la douleur et le questionnement infini de G. Aubry à son sujet irradient à chaque chapitre.

En ponctuant le texte de façon régulière de passages directement extraits de son journal Le mouton noir mélancolique, l’auteure nous emporte d’autant plus vite dans le personnage (les personnages en vérité) qu’était son père.

Le parcours de François-Xavier Aubry étonne, attriste, alerte. Alors qu’il a une situation professionnelle que beaucoup de gens auraient enviée, il décide de tout plaquer : il cesse de plaider, ne souhaite plus assurer ses cours, vit comme un SDF pour ne pas avoir à rester dans un appartement désert, près d’un téléphone toujours muet et d’une boîte aux lettres jamais visitée par autre chose que des documents administratifs. Mais quand il reçoit du courrier, François-Xavier Aubry avoue qu’il ne l’ouvre pas. Il ne veut plus exister pour quiconque. Ses manies et ses lubies, induites par la maladie qui l’accable, effraient ses proches et l’isolent. La solitude et l’exclusion ne deviennent plus alors seulement une impression. Elles deviennent bien réelles et sont même recherchées par le sujet. S’apercevoir un jour que nous ne sommes rien, que nous ne sommes personne, c’est le cauchemar de bien des gens. Ce cauchemar, François-Xavier Aubry l’a vécu et entretenu.

À de nombreuses reprises, il est fait référence aux personnages dont il empruntait les traits par convention sociale (le Sage, l’Avocat) ou par dérision (James Bond, le Clown). Ces rôles qu’il a joués et qui l’ont un temps préservé de la folie en lui offrant une identité toute trouvée à incarner, qui comblait son vide intérieur, François-Xavier Aubry a fini par les haïr.

Personne fait bien plus que nous livrer le portrait d’un homme paradoxal et complexe, qui a désespérément besoin de remplir ce néant qu’il porte et qui le rend malade. En évoquant le cas particulier de cet homme, le livre nous fait réfléchir sur notre propre position dans le monde, sur la nécessité (ou la superficialité) de nos propres masques, nos relations avec nos proches… Pouvons-nous vraiment connaître les gens ? Et nous-mêmes ?…

L’histoire de François-Xavier Aubry nous rappelle combien il est important, lorsque nous sommes lancé-e-s à la recherche de nous-mêmes, de notre identité, de veiller à ne pas se perdre en chemin.

Extraits


« On ne perd pas un père, encore moins un père qui était, ou qui s’était, lui-même perdu. C’est de son vivant, peut-être, qu’on l’avait perdu, qu’on ne savait plus qui il était, où il était. À présent qu’il est mort, on réunit ce qu’il a laissé, miettes et cailloux semés dans les forêts de son angoisse, trésors et épaves, on construit le vide, on sculpte l’absence, on cherche une forme pour ce qui, en nous, demeure de lui, et qui a toujours été la tentation de l’informe, la menace du chaos, on cherche des mots pour ce qui, toujours, a été en nous la part secrète, la part muette, un corps de mots pour celui qui n’a pas de tombe, un château de présence pour protéger son absence. »

« Mon père n’était pas comme les autres, il était les autres, il ne voulait pas s’en faire aimer, il cherchait, en lui, celui qu’il pourrait aimer, tous l’habitaient simultanément (…) : le Mouton noir et le Napoléon du Grand Nord, le Père jésuite et James Bond, le Flic et le Traître, le Fou et le Sage, tous logés de force en un seul corps qui par eux a souffert mille morts et vécu autant de vies, réunis en une seule présence désormais anéantie, cette troupe de masques une dernière fois j’en ai soufflé l’appel dans ma corne de mouton, mais lui manque encore, la présence qui les réunissait, le corps qu’ils habitaient, la voix, le rire, le regard qui les animait… »

Marina Bernard – Chris Bellabas

Ana et Phil au hammam

Texte produit en atelier d’écriture suivant la consigne :
Utiliser les vingt-et-un mots suivants : anacoluthe, ensemble, hobbit, paume, diversité, pédiluve, inspiration, bien, flâner, philactère, drone, félin, fin, nénuphar, simple, arrosoir, abracadabrantesque, oriental, hammam, chaleur et tarabiscotée.
Chaque participant, y compris notre professeur, en proposa un.
—-

Mme Anacoluthe et son acolyte, Mr Philactère, se connaissaient depuis bien longtemps.

Certains disaient même qu’ils étaient faits l’un pour l’autre.

Quand la plupart s’adonnait au corps à corps, eux lui préféraient le paume à paume.

L’un de leur hobbi(t) favori consistait à se rendre, ensemble, au hammam.

À l’accueil, la pétulante Tarabiscotée, à la beauté orientale, leur tenait toujours le même discours : « Allez de bain en bain, du pédiluve à l’étuve. »

Ils aimaient se laisser envelopper par la chaleur et glissaient dans une douce torpeur.

Ana se voyait saisir un arrosoir, se diriger vers le bassin aux nénuphars, son habituelle source d’inspiration, et en déverser, dessus, le contenu. Soudain, Phil accourut, affolé, un drone le survolant et le suivant. Des parois de l’arrosoir se déployèrent alors deux bras articulés, ils immobilisèrent ce dernier et le désossèrent dans la foulée.

Son acolyte ne put retenir un : « I feel good » de soulagement. Abracadabrantesque !

Après avoir émergé, ils partageaient leurs drôles de rêveries, avant de se préparer et de rejoindre la sortie.

Ils en profitaient pour flâner avant de se retrouver autour de mets, à la fois fins, simples et d’une grande diversité.

Mille précautions étaient prises afin d’éviter tout choc anaphylactique !

Alexandra Zanelli

Faire de son rêve une réalité

Faire de son rêve une réalité… à la manière des « mots en laisse », j’ai envie de rebondir sur les derniers mots de Nathalie. Ils sont le lien qui nous unit au matin de la première rencontre inter-promotions de cette nouvelle année universitaire. Ce samedi 15 octobre 2016, une douzaine d’étudiants de la licence pro écrivain public – conseil en écriture professionnelle et privée ont ignoré l’appel de la couette et courageusement bravé le frais matin pour satisfaire leur curiosité et faire connaissance avec les promus de l’an dernier… et de plus anciens encore, venus partager leur expérience avec nous ! Aurélie Delattre, la responsable de la licence pro, a fait les choses en grand pour satisfaire notre soif d’histoires : pas moins de cinq témoignages nous sont proposés, suivis de questions/réponses. Le point d’orgue de cette matinée sera la remise des diplômes à la promotion 2015-2016.

Christophe Ancelin ouvre le bal. Licencié de la promotion 2006-2007, il exerce dans l’Eure et nous explique son parcours d’écrivain public en libéral. Il voulait rester un généraliste de l’écrit, ne pas se spécialiser dans une activité et conserver l’aspect social du métier. Dans un premier temps, il travaille à la rédaction et à la création de sites Web. Fin 2012, il propose des ateliers d’écriture en EHPAD : d’un de ces ateliers est issu un ouvrage écrit collectivement avec les personnes âgées. À partir de 2013, il tient une permanence d’écrivain public quelques heures par mois en mairie d’Ivry-la-Bataille. Depuis deux ans, il poursuit la diversification de son activité avec l’écriture biographique. Il lui a fallu trois années pour créer son entreprise (https://echodesmots.info). Passionné et passionnant, son témoignage suscite de nombreuses questions : le type d’entreprise, la clientèle, la communication, la conduite de l’entretien…

Mireille Grizzo exerce depuis huit ans en tant qu’autoentrepreneur à Paris. Elle s’est spécialisée dans le récit de vie. Retraitée, elle y a trouvé un complément de revenus. Le bouche-à-oreille fonctionne bien. Elle nous parle de la relation avec les personnes, de l’intime, du souvenir qui est différent pour chacun… Elle aime la liberté du métier d’écrivain public et nous encourage à saisir les opportunités qu’il offre.

Cinq jours après la soutenance de son mémoire en juin 2015, Sébastien Sisi crée son entreprise en tant qu’autoentrepreneur. Installé dans la capitale, il conçoit dans la foulée son site internet www.ecrivain-conseiller.fr, ses cartes de visites et ses flyers. Son objectif était d’être écrivain public salarié et de développer en parallèle son activité libérale. Finalement, il travaille en tant que médiateur social en CDD à temps plein pour le PIMMS. Cela lui permet de se bâtir une expérience de terrain mais au bout d’une année, il fait le choix de démissionner car le temps plein nuit au développement de sa clientèle libérale qui commence à affluer. Il nous conseille d’actionner le levier communication au départ. Il nous parle également de son fonctionnement façon « brigade volante » et de ses rendez-vous au domicile de ses clients ou dans des lieux plus inattendus !

Pressé par la montre, Sébastien n’a pas le temps de nous parler chiffres et statistiques – nous qui sommes passionnés par les mots – car vient le tour de Marie-Hélène Rousseau sortie diplômée en juin 2016. Elle nous parle avec bonheur de son année, nous invite à profiter de l’opportunité qui nous est donnée. Depuis septembre 2016, elle travaille en tant que responsable de la communication dans le domaine du Web. Il y a pour elle une vraie valeur ajoutée par l’écrivain public dans le monde de l’entreprise et spécifiquement dans celui de la rédaction Web.

Enfin, nous terminons avec Roxane Criznic, promue en 2014. Elle a suivi la licence pro pour ajouter  une nouvelle compétence à celles de correctrice, son premier métier. Elle y a découvert qu’écrire une lettre pour quelqu’un, ce n’est pas JUSTE écrire un courrier mais avoir un vrai impact positif sur la vie des personnes. Sous le statut d’autoentrepreneur, elle exerce toujours comme correctrice dans l’édition. Grâce à sa compétence d’interprète en roumain, elle a pu ouvrir une permanence d’écrivain public interprète dans une association et fait même du conseil en écriture pour son éditeur lors de son travail de correction sur fichier (commentaires sous Word et explications).

Roxane est également vice-présidente de l’association Plume et Buvard : elle nous présente son intérêt pour les étudiants de la licence pro mais aussi l’aide qui est proposée aux tout justes diplômés en début d’activité.

Les remerciements et des applaudissements nourris saluent la fin des témoignages. Mais déjà il faut enchainer avec un moment fort en émotion ! La remise des diplômes… l’ambiance est détendue et conviviale, c’est un vrai plaisir de se retrouver pour les anciens qui viennent de toute la France. Quelques photos souvenirs, beaucoup d’applaudissements, des sourires, des rires et des bons mots…
À la cafétéria nous attend un pot pour clore cette matinée qui nous a fait briller les yeux et pétiller d’envie ! Nous en profitons tous pour échanger avec ceux pour qui le rêve est devenu réalité.

Hélie Bécot

Ma reprise d’études : quand le rêve devient réalité

  capture-image-ma-reprise-detudes_nathalie    En ce début mars, j’ai envie de dire combien cette année privilégiée entre les murs de la Sorbonne Nouvelle m’apporte de bienfaits…

Après trois décennies passées en entreprise, dans le privé, il me devenait insupportable d’assister chaque jour à l’accélération des méthodes de travail et à la dégradation des conditions de vie des employés de la finance.  J’y avais trouvé du bonheur en son temps, puis quelques moyens d’expression à travers un mandat de secrétaire du CHSCT, mais j’avais besoin de prendre le large.

Après un bilan de compétences, l’évidence m’est apparue : revenir à ce que je suis, à ce qui me ressemble, à ce que j’aime profondément, donc l’écriture sous toutes ses formes. C’est parti.

Deux ou trois courriers de motivation plus tard, mon congé individuel de formation (CIF) est accordé, mon financement est accepté (à l’exclusion des heures de stages), et ma candidature à la licence professionnelle « Conseil en écriture professionnelle et privée – Écrivain public » est validée… Je me rendrai donc à Paris deux jours par semaine, et je trouverai des stages chez moi, à Rouen.

Nous sommes une vingtaine, et très vite, on sent l’ADN commun, le goût pour les lettres, pour l’apprentissage, pour le partage. J’aurais pu écrire « le goût des autres », mais le droit d’auteur est au programme.

Notre cœur bat pour des notes, pour des exposés, pour de nouveaux challenges, avec un leitmotiv : « s’accrocher », et un enjeu : « réussir ».

Les émotions sont au rendez-vous : on s’amuse, on travaille (beaucoup), on boit du ti-ponch (pas beaucoup), on répète des plaidoiries…

Quant aux stages, ils sont l’occasion de découvrir d’autres structures, d’autres valeurs, d’autres univers et d’apprendre encore et toujours.

Je crois qu’on peut souhaiter à chacun de donner à son quotidien l’occasion d’une « pause » salvatrice, en prenant le seul risque, comme cette promotion 2015-2016, de faire de son rêve une réalité.

Nathalie